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« Comment la Gestalt est née en moi »
par Fritz Perls

(récit imaginaire fidèle à l’histoire)

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Mon histoire

Je suis né en 1893, dans le ghetto juif de Berlin.
Une époque de fractures, de tensions, mais aussi d’effervescence intellectuelle. Freud venait de dévoiler l’inconscient, et déjà son ombre s’étendait sur toute réflexion concernant l’humain. Je ne savais pas encore que j’allais passer ma vie à dialoguer avec lui — parfois comme un disciple, parfois comme un contradicteur.

1. L’enfant qui observe les formes

Dès l’enfance, je suis fasciné par les formes : les mouvements du corps, les attitudes naturelles, les pauses involontaires, les crispations du visage. Je ne savais pas alors que cette sensibilité me conduirait vers la psychologie de la Gestalt, ce formidable courant allemand qui affirmait déjà une évidence :
le tout est différent de la somme des parties.

Ce simple axiome allait plus tard bouleverser ma manière de concevoir la thérapie.

2. Médecine, psychanalyse… et déception

J’ai choisi la médecine, puis la neuropsychiatrie. Parce qu’au fond, je cherchais toujours la même chose : comprendre comment l’être humain se structure, se perd, se reconstruit.

En 1926, je commence ma psychanalyse avec Karen Horney. Elle m’a ouvert une porte essentielle : celle de l’importance du relationnel, de la culture, du social sur la vie intérieure. Contrairement à Freud, elle mettait l’accent sur l’environnement humain, la quête d’attachement, l’insécurité fondamentale.

J’enchaîne ensuite trois autres psychanalyses.
Les analystes que je rencontre agissent comme des silhouettes froides derrière leurs fauteuils.
Pas de regard.
Pas de relation vivante.
Pas de présence.

Je me demande alors :
Comment la psyché pourrait-elle se transformer sans que deux humains se rencontrent vraiment ?

La psychanalyse m’a offert un cadre. Elle ne m’a pas offert la vie.

3. Reich : le choc du corps

Puis arrive Wilhelm Reich.
Le premier à m’avoir fait sentir que le corps n’est pas un décor, mais un acteur.
Il parle de cuirasses musculaires, de tensions enkystées, de l’énergie sexuelle comme moteur vital.

Avec lui, j’apprends que les émotions ne sont pas des histoires mentales, mais des impulsions incarnées.
Avec lui, j’apprends à regarder la respiration, les épaules crispées, les poings serrés.

Ce fut une révolution intime :
la thérapie doit intégrer le corps — sinon elle reste une ombre.

4. La Gestalt psychologique : mes fondations intellectuelles

En parallèle, les travaux de Wertheimer, Köhler, Koffka et Goldstein deviennent une obsession.
Ils montrent que l’humain perçoit des « configurations », des totalités signifiantes.
La figure et le fond.
La forme et la dynamique.
La tension et la décharge.

Ces idées deviennent mon squelette théorique.
Elles me donnent des mots pour exprimer ce que je vois chez les patients :
des formes inachevées, des besoins non complétés, des cycles interrompus.

5. Laura : la compagne, le miroir, la co-fondatrice

Puis il y a Laura.
Ma femme.
Une femme d’une finesse psychologique rare, formée elle aussi à la psychologie de la Gestalt.

Avec elle, je découvre quelque chose d’essentiel :
une thérapie est une co-création.
Ce que je n’avais pas trouvé dans les cabinets froids des psychanalystes, je le trouvais enfin dans notre échange quotidien : un style incarné, engagé, vivant.

Elle m’a appris à affiner ma pensée, à structurer ce que je ressentais.
Sans elle, la Gestalt serait restée une intuition sauvage ; avec elle, elle est devenue une méthode.

6. Johannesburg : la rupture nécessaire

En 1933, fuyant l’Allemagne nazie, nous nous installons en Afrique du Sud.
Je m’y installe comme psychanalyste, mais je sens rapidement que quelque chose ne va pas.
J’étouffe.
Je m’éloigne de mon intuition.

En 1946, je fais un acte radical :
j’abandonne ma carrière bien installée pour repartir de zéro à New York.

Retour à la bohème, aux marges, au théâtre, à l’expérimentation.
Je retrouve enfin l’étincelle.

7. New York : immersion dans la contre-culture

À New York, je fréquente le Living Theater.
On y explore l’instant présent, le corps en mouvement, la vérité nue du ressenti.
De là naît une évidence :
le contact direct, immédiat, est thérapeutique en soi.

Je rencontre Paul Goodman, un anarchiste-poète-philosophe, et Ralph Hefferline, professeur de psychologie à Columbia.
Nous formons un trio improbable :
moi, le thérapeute en rupture ;
Goodman, le penseur subversif ;
Hefferline, l’universitaire rigoureux.

De cette alchimie naîtra en 1951 Gestalt Therapy, notre ouvrage fondateur.

8. Le cœur de la Gestalt : une vision vivante de l’humain

La Gestalt n’est pas une méthode de plus.
C’est une manière d’être.
Une philosophie existentielle.
Une pratique relationnelle.
Une posture corporelle.

Quelques principes fondateurs :

  • L’ici-et-maintenant : c’est dans le présent que se rejouent nos répétitions.

  • La responsabilité : cesser d’accuser, cesser d’attendre, commencer à choisir.

  • L’ajustement créateur : s’adapter sans se trahir.

  • Le cycle de contact : sentir, mobiliser, agir, intégrer.

  • La prise de conscience (awareness) : unir l’attention et la sensation.

  • L’expression directe : dire « je », dire vrai, se montrer.

  • Le tout est supérieur à la somme des parties : l’humain est une unité vivante.

9. Le succès, tardif mais fulgurant

Pendant des années, personne n’a voulu de notre livre.
Puis, sans prévenir, les années 60 explosent.
Contre-culture.
Recherche de liberté.
Besoin de vivre authentiquement.

Je me retrouve alors en Californie, au cœur de la révolution humaniste.
Des centaines de personnes viennent expérimenter la Gestalt :
dialogues avec soi-même, chaises vides, mise en scène émotionnelle, travail corporel.

On disait que j’étais provocant.
Je répondais simplement que j’étais vivant.

10. Le centre d’Esalen : un laboratoire humain

Esalen est devenu l’un des terrains fertiles de la Gestalt.
Psychologues, philosophes, mystiques, artistes…
Un lieu où l’expérimentation était reine.

Là, je découvre des approches nouvelles :
méditation, travail énergétique, philosophies orientales, expériences corporelles profondes.

Ces influences ne m’ont pas changé — elles ont complété ce qui était déjà en moi :
l’humain n’est pas un mécanisme ; il est un organisme vivant qui cherche du sens.

11. Le sens profond de la Gestalt

Si je devais résumer la Gestalt en une phrase :
aider les êtres humains à devenir ce qu’ils sont, vraiment.

Pas ce qu’ils croient devoir être,
pas ce que les autres attendent d’eux,
pas ce que leurs blessures dictent.

Mais leur forme vivante, unique, créatrice.

Je n’ai jamais voulu fabriquer une théorie.
J’ai voulu offrir un chemin.

Un chemin où le thérapeute et le patient marchent côte à côte.
Un chemin où l’on apprend à sentir, à dire, à agir.
Un chemin où l’on retrouve sa propre puissance, sans dominer ni se soumettre.

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